Vexin normand
Un coup d’œil sur la Normandie
Jamais, jamais, ou presque, n'écoutez pas votre fatigue, parce que souvent c'est la paresse qui se dissimule sous la masque de la fatigue. Un des weekends, j'ai décidé de me promener à pied, sans la trottinette, pour ne pas faire des efforts. J'ai choisi la chaussée Jules César comme lieu de la promenade, tout près du rail et des gares ; la journée était froide, nuageuse, avec pourtant quelques éclaircies mais aussi du vent du nord. La chaussée va tout droit à Rouen, mais j'ai réussi de me tromper du chemin trois fois. Finalement, je suis rentrée encore plus fatiguée et insatisfaite, et toute la semaine suivante m'a paru une pesanteur insupportable, je me traînais à peine d'un lieu à l'autre, du jour au jour, jusqu'au samedi. La météo promettait le dimanche ensoleillé, et, à l'accueil de la bibliothèque, devant un grand écran que j'aime bien et beaucoup, je me suis mise à l'étude de ma prochaine destination.
Les mêmes critères me dirigent : « gratuité » du voyage avec le passe navigo toutes zones ; les gares à 25-30 km de distance entre elles ; la nouveauté. Je considère la Haute Normandie : elle est là, à quelques kilomètres des Bonnières desservies par les trains le dimanche. On y arrive même encore plus vite (10-20 min) qu'à Santeuil si on prend un train direct, l'intercité Paris Saint-Lazare – Rouen qui s'arrête à Mantes qui offre, à son tour, la correspondance avec Bonnières, porte de l'ìle-de-France.
Les portes sont importantes : elles nous permettent d'élargir le champ de notre bonheur, mais à la fois, au fil du temps, de l'ennui. Heubécourt, Haricourt, quels jolis noms. Le démiurge de ces villages normands, comme ceux de Génicourt et Gérocourt, Gommecourt, Gadancourt… a été sans doute un philologue avec un tendre amour pour la quasi-tautologie.
En face des Bonnières, sur la rive droite de la Seine, est Bennecourt, un village agréable qui a le bon droit d'être fier de sa boulangerie et même de la boucherie ouvertes, à ma grande surprise, le dimanche. Pire encore : la boulangerie, sur la rue Émile Zola pleine du monde et du trafic, reste ouverte jusqu'à 17h le dimanche, « normalement », mais aujourd'hui jusqu'à 18h de facto. Il s'agit d'un cas tout à fait exceptionnel, puisque le Vexin profond tout entier, à quelques exceptions près (Auvers), a montré son mépris ou plutôt son amaurose à l'égard des routards du dimanche. À chaque fois où je cherchais à grignoter quelque chose, l'année entier, je suivais les indications « boulangerie » et voici ce que je trouvais :
- boulangerie abandonnée ;
- fermée pour travaux ;
- change du propriétaire, donc fermée ;
- fermée à 13h.
Ergo, encore plus importantes sont les portes ouvertes. J'ai pu manger, au début du voyage, un pain au chocolat et aux amandes. bon et nourrissant, à 1.30€.
Il y a quelques façons d'arriver à Gommecourt (on en a besoin pour continuer vers Gasny et plus loin) de Bennecourt. Si on roule à droite, on longe la Seine facilement et sans effort pendant un bon moment. Après Tripleval ou Clachâloze le serpentin grimpe à pente rapide, tout en haut offrant la vue large et splendide de coteaux de la Seine, des falaises blanches, de La Roche Guyon. Juste après ce lieu sublime la route descend au nord aussi rapidement qu'elle montait tout à l'heure, mais directement et sans vertiges. Un plus encore : il y a peu des voitures. Si on roule à gauche, on arrive à Gommecourt par le biais de Limetz-Villez, un village tout en haut de la côte de la Seine. (Là, si je ne trompe pas, la boulangerie est aussi ouverte, quand on en a besoin.) Grâce à la hauteur, l'air de Limetz est brillant et fin, ce qui accorde aux formes une finesse et intensité à la limite d'illusion. La route, sortant du village, devient très agréable, sans trafic, ni montées, ni descentes, on peut vraiment y rouler. Mais ce chemin est long. Si on cherche une voie la plus courte, évitant des forts hauts et des forts bas, le juste milieu serait de joindre la rue du Temple qui débouche sur le chemin de Gommecourt. Il n'est pas pourtant le meilleur à cause du trafic ; il monte doucement longeant une belle bordure d'un bois, puis descend aussi doucement mais en zigzaguant, en cachant les voitures aux tournants du chemin. Je vais donc à pied.
À ma gauche s'étend le champ de colza à couleur jaune vif. Certains traits du panorama qui s'ouvre après une traversée du bois me sont déjà familiers : sous un bois lointain à nord-est, chemine la route à Chérence que je rêve toujours de revoir, un an plus tard. Gommecourt lui-même se cache à proximité, derrière les arbres et dans un creux de relief.
Je roule ensuite à Gasny. Dès qu'on passe la frontière avec la Normandie, les troupeaux de vaches du département Eure deviennent un élément régulier du paysage. La D5 mène à Fourges, mais à un moment je prends une petite route indiquant « Le Bosc Roger ». C'est là que commence la plus belle section de la voie. Le relief coule vers le ciel en forme des vagues, quelques crêtes sont ornées des cimes épaisses de pins. Tout cela laisse l'impression comme si je me trouve à l'océan aux eaux vertes foncées. Au loin, le chemin formant un bel serpentin monte vers un bois, mais je prends le chemin de terre (plus précisément, de calcaire d'un blanc éclatant) à ma gauche qui, après la montée, passe au fond d'une belle petite vallée incrustée des maisons du village Le Mesnil Milon. La vallée est traversée par la D7 assez calme. Au nord, elle glisse vers Bionval, Écos, Fours-en-Vexin… À Bionval, qui ne comprend que quelques maisons et une vieille ferme, je tourne à l'ouest par la Rue du Château. De loin, à l'entrée d'une belle allée ancienne des châtaignes (c'est la même rue du château) se voit la croix ancienne monolithe qu'on appelle la « Croix Sainte-Geneviève ». La croix et l'allée marquent la limite des vagues du relief. À partir de Grumesnil, village entouré du mur qui autrefois était sans doute tout entier le territoire du château (il y reste toujours), les petites jolies vallées disparaissent et le paysage devient tout plat...
Jamais, jamais, ou presque, n'écoutez pas votre fatigue, parce que souvent c'est la paresse qui se dissimule sous la masque de la fatigue. Un des weekends, j'ai décidé de me promener à pied, sans la trottinette, pour ne pas faire des efforts. J'ai choisi la chaussée Jules César comme lieu de la promenade, tout près du rail et des gares ; la journée était froide, nuageuse, avec pourtant quelques éclaircies mais aussi du vent du nord. La chaussée va tout droit à Rouen, mais j'ai réussi de me tromper du chemin trois fois. Finalement, je suis rentrée encore plus fatiguée et insatisfaite, et toute la semaine suivante m'a paru une pesanteur insupportable, je me traînais à peine d'un lieu à l'autre, du jour au jour, jusqu'au samedi. La météo promettait le dimanche ensoleillé, et, à l'accueil de la bibliothèque, devant un grand écran que j'aime bien et beaucoup, je me suis mise à l'étude de ma prochaine destination.
Les mêmes critères me dirigent : « gratuité » du voyage avec le passe navigo toutes zones ; les gares à 25-30 km de distance entre elles ; la nouveauté. Je considère la Haute Normandie : elle est là, à quelques kilomètres des Bonnières desservies par les trains le dimanche. On y arrive même encore plus vite (10-20 min) qu'à Santeuil si on prend un train direct, l'intercité Paris Saint-Lazare – Rouen qui s'arrête à Mantes qui offre, à son tour, la correspondance avec Bonnières, porte de l'ìle-de-France.
Les portes sont importantes : elles nous permettent d'élargir le champ de notre bonheur, mais à la fois, au fil du temps, de l'ennui. Heubécourt, Haricourt, quels jolis noms. Le démiurge de ces villages normands, comme ceux de Génicourt et Gérocourt, Gommecourt, Gadancourt… a été sans doute un philologue avec un tendre amour pour la quasi-tautologie.
En face des Bonnières, sur la rive droite de la Seine, est Bennecourt, un village agréable qui a le bon droit d'être fier de sa boulangerie et même de la boucherie ouvertes, à ma grande surprise, le dimanche. Pire encore : la boulangerie, sur la rue Émile Zola pleine du monde et du trafic, reste ouverte jusqu'à 17h le dimanche, « normalement », mais aujourd'hui jusqu'à 18h de facto. Il s'agit d'un cas tout à fait exceptionnel, puisque le Vexin profond tout entier, à quelques exceptions près (Auvers), a montré son mépris ou plutôt son amaurose à l'égard des routards du dimanche. À chaque fois où je cherchais à grignoter quelque chose, l'année entier, je suivais les indications « boulangerie » et voici ce que je trouvais :
- boulangerie abandonnée ;
- fermée pour travaux ;
- change du propriétaire, donc fermée ;
- fermée à 13h.
Ergo, encore plus importantes sont les portes ouvertes. J'ai pu manger, au début du voyage, un pain au chocolat et aux amandes. bon et nourrissant, à 1.30€.
Il y a quelques façons d'arriver à Gommecourt (on en a besoin pour continuer vers Gasny et plus loin) de Bennecourt. Si on roule à droite, on longe la Seine facilement et sans effort pendant un bon moment. Après Tripleval ou Clachâloze le serpentin grimpe à pente rapide, tout en haut offrant la vue large et splendide de coteaux de la Seine, des falaises blanches, de La Roche Guyon. Juste après ce lieu sublime la route descend au nord aussi rapidement qu'elle montait tout à l'heure, mais directement et sans vertiges. Un plus encore : il y a peu des voitures. Si on roule à gauche, on arrive à Gommecourt par le biais de Limetz-Villez, un village tout en haut de la côte de la Seine. (Là, si je ne trompe pas, la boulangerie est aussi ouverte, quand on en a besoin.) Grâce à la hauteur, l'air de Limetz est brillant et fin, ce qui accorde aux formes une finesse et intensité à la limite d'illusion. La route, sortant du village, devient très agréable, sans trafic, ni montées, ni descentes, on peut vraiment y rouler. Mais ce chemin est long. Si on cherche une voie la plus courte, évitant des forts hauts et des forts bas, le juste milieu serait de joindre la rue du Temple qui débouche sur le chemin de Gommecourt. Il n'est pas pourtant le meilleur à cause du trafic ; il monte doucement longeant une belle bordure d'un bois, puis descend aussi doucement mais en zigzaguant, en cachant les voitures aux tournants du chemin. Je vais donc à pied.
À ma gauche s'étend le champ de colza à couleur jaune vif. Certains traits du panorama qui s'ouvre après une traversée du bois me sont déjà familiers : sous un bois lointain à nord-est, chemine la route à Chérence que je rêve toujours de revoir, un an plus tard. Gommecourt lui-même se cache à proximité, derrière les arbres et dans un creux de relief.
Je roule ensuite à Gasny. Dès qu'on passe la frontière avec la Normandie, les troupeaux de vaches du département Eure deviennent un élément régulier du paysage. La D5 mène à Fourges, mais à un moment je prends une petite route indiquant « Le Bosc Roger ». C'est là que commence la plus belle section de la voie. Le relief coule vers le ciel en forme des vagues, quelques crêtes sont ornées des cimes épaisses de pins. Tout cela laisse l'impression comme si je me trouve à l'océan aux eaux vertes foncées. Au loin, le chemin formant un bel serpentin monte vers un bois, mais je prends le chemin de terre (plus précisément, de calcaire d'un blanc éclatant) à ma gauche qui, après la montée, passe au fond d'une belle petite vallée incrustée des maisons du village Le Mesnil Milon. La vallée est traversée par la D7 assez calme. Au nord, elle glisse vers Bionval, Écos, Fours-en-Vexin… À Bionval, qui ne comprend que quelques maisons et une vieille ferme, je tourne à l'ouest par la Rue du Château. De loin, à l'entrée d'une belle allée ancienne des châtaignes (c'est la même rue du château) se voit la croix ancienne monolithe qu'on appelle la « Croix Sainte-Geneviève ». La croix et l'allée marquent la limite des vagues du relief. À partir de Grumesnil, village entouré du mur qui autrefois était sans doute tout entier le territoire du château (il y reste toujours), les petites jolies vallées disparaissent et le paysage devient tout plat...
| avril 2017 |
| croix pattée à Bionval, avril 2017 |
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